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Obésité massive, chirurgie bariatrique et fertilité

Obésité massive, chirurgie bariatrique et fertilité
Dr Anne Bachelot – service d’endocrinologie reproduction
Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris



L’obésité massive est une cause importante d’infertilité.
  • Le risque d’infertilité par anovulation est multiplié par 3 chez les patientes obèses.
  • Même  chez les patientes ayant des cycles réguliers, la fertilité est diminuée au-delà de 25 de BMI.

Divers mécanismes sont en cause :
  • L’hypogonadisme hypogonadotrope : l’augmentation de la production d’œstrogènes  par le tissu adipeux agit sur la pulsatilité des neurones à GnRH et altère ainsi l’axe gonadotrope. Il a également été suggéré que la leptino-résistance de l’hypothalamus observée chez les patientes obèses favoriserait l’insuffisance gonadotrope.
  • Le syndrome des ovaires polykystiques (OPK) est très fréquent dans cette population avec une prévalence estimée à au moins 30% (vs 5% chez les femmes du même âge de poids normal). Le phénotype en est souvent plus sévère avec des troubles de l’ovulation plus marqués. Ceci s’explique probablement en partie par l’insulinorésistance, fréquente chez ces patientes et connue pour être à la base de la physiopathologie des OPK.
  • L’atteinte directe de la qualité ovocytaire est suggérée par les moins bons résultats obtenus en PMA dans cette sous population. Cependant les données sont peu nombreuses et très discutées. Une éventuelle atteinte utérine a également été envisagée mais, là encore, les preuves sont faibles.
L’impact de la perte de poids sur la fertilité a peu été étudié. Les effectifs sont faibles dans les séries publiées mais les résultats sont positifs avec par exemple dans les OPK une diminution de l’hyperandrogénie et une restauration de cycles réguliers chez environ 30% des patientes après une perte de poids de 5 à 10%.

La chirurgie bariatrique est une option intéressante en cas d’obésité massive et semble avoir un effet spectaculaire avec une amélioration estimée de la fonction ovarienne chez près de la moitié des patientes (mais là aussi, il s’agit de très petites cohortes). Il faut rappeler que 12 à 18 mois sont nécessaires entre la chirurgie et une éventuelle grossesse. Une contraception efficace est indispensable dans l’intervalle et il faudra s’attacher à corriger et prévenir les possibles carences alimentaires.

La grossesse chez les patientes présentant une obésité morbide reste une grossesse à risque. Les patientes concernées doivent faire l’objet d’une prise en charge multidisciplinaire (nutritionniste, endocrinologue, obstétricien et anesthésiste) et d’une surveillance rapprochée.


 
Dernière modification : 10/01/2013