Endocrinologie, Métabolisme et Nutrition : le site des Journées de la Pitié-Salpêtrière

 
 
 
 
 

Les systèmes d’enregistrement continu de la glycémie, où en sommes-nous en pratique ?

LE SYSTEME D’ENREGISTREMENT CONTINU DE LA GLYCEMIE.
OÙ EN SOMMES-NOUS EN PRATIQUE ?
Dr Marine Halbron


La mesure continue du glucose (MCG) est un progrès technologique qui a suscité beaucoup d’espoir ces dernières années. Le principe consiste à mesurer le taux de glucose dans le tissu interstitiel via un cathéter sous cutané.

  • la mesure s’effectue en continue, plusieurs jours par semaine sur plusieurs mois
  • un écran informe « en direct » le patient sur la mesure de la glycémie et précise également, grâce à une flèche, la tendance glycémique (?, ?, ?)
  • des alarmes informent de l’existence d’une hypo ou d’une hyperglycémie.
  • elle peut être couplée à une pompe à insuline


Si le principe est séduisant, il se heurte en pratique à des difficultés :

  • Le principal problème est technique avec un manque de fiabilité des mesures glycémiques. Si la précision de la mesure est bonne dans les glycémies normales, elle s’altère dans les extrêmes et lorsque les glycémies varient rapidement. On conseille, de fait, au patient de contrôler sa glycémie capillaire avant toute décision thérapeutique.
  • De ce manque de fiabilité découle probablement une observance limitée de l’équipement, notamment avant l’âge de 25 ans. Hors, les résultats sont clairs : si le patient porte l’appareil moins de 70% du temps, il n’y a pas ou peu de bénéfice sur l’HbA1c.
  • Une autre difficulté est celle de l’interprétation des courbes glycémiques qui mettent en évidence une variabilité glycémique importante, non reproductible d’un jour à l’autre, et qui parfois échappe à toute logique. Le patient et le praticien doivent être formés à interpréter de façon adéquate les informations amenées par la MCG.

Les résultats des études cliniques utilisant la MCG montrent des résultats finalement assez modestes par rapport à l’espoir suscité au départ par ces nouvelles techniques.
Une métaanalyse publiée dans le BMJ récemment rapporte une baisse moyenne significative du taux d’HbA1c de 0,3% chez les diabétiques de type 1 utilisant ce dispositif. La diminution de l’HbA1c est proportionnelle au temps de port du capteur : chez les patients portant le dispositif plus de 70% du temps, la baisse de l’HbA1c est de l’ordre de 0,8%.
En ce qui concerne les hypoglycémies, les résultats sont décevants. Il n’y a pas de diminution du risque d’hypoglycémie sévère malgré la diminution de moitié du temps global passé en hypoglycémie.

La mise en place d’un « closed loop », souvent évoqué par les patients, n’est pas techniquement envisageable à l’heure actuelle. L’idée est de faire une boucle entre le capteur glycémique et la pompe à insuline qui permettrait d’adapter le débit insulinique de façon quasi-immédiate, en fonction de la glycémie mesurée. Les problèmes de fiabilité des mesures notamment dans les valeurs extrêmes ne permettent pas l’utilisation sécurisée d’un tel dispositif. Seul un arrêt temporaire de la délivrance d’insuline en cas d’hypoglycémie sévère (avec absence de manipulation de la pompe en réponse aux alarmes) peut être proposé à l’heure actuelle.

Devant ces limites, les indications à la pose de capteur MCG doivent être bien réfléchies d’autant que ce dispositif n’est pas remboursé actuellement en France avec un coût évalué à 300 euros/jour. Les recommandations varient selon les pays, ciblant les diabétiques de type 1 non équilibrés de plus de 25 ans ou au contraire les plus jeunes. Ce dispositif peut être également proposé aux patients présentant des hypoglycémies sévères, répétées, redoutées  et/ou non ressenties  mais son efficacité dans cette indication reste à démontrer.



 
Dernière modification : 03/07/2012