Endocrinologie, Métabolisme et Nutrition : le site des Journées de la Pitié-Salpêtrière

 
 
 
 
 

Pourquoi est-il difficile de prendre soin de soi ?

POURQUOI EST–IL DIFFICILE DE PRENDRE SOIN DE SOI ?
Dr Cedric Lemogne


Le problème de la non observance est un problème récurrent en pratique clinique, notamment lorsqu’on prend en charge des maladies chroniques. La place des émotions dans la prise de décision de se soigner est aussi importante que celle de la raison.

L’écart entre l’état actuel du patient et l’état de bonne santé auquel il souhaiterait tendre est à l’origine d’émotions négatives d’autant plus marquées que cet écart est important.

Schématiquement, deux attitudes permettent de réduire cet écart perçu et les émotions négatives qui en découlent :
  • soit le suivi des consignes médicales, dans le but d’améliorer de façon réelle sa santé
  • soit une attitude de déni, d’oubli de la maladie pour ne plus être conscient de cet écart. Cette option, plus rapide et plus facile à mettre en œuvre est dite «phase de précontemplation». Cette phase d’inobservance est aussi souvent la première étape du chemin qui mène à l’observance. Progressivement, différentes étapes vont amener le patient à faire le choix de se soigner.

Le praticien peut aider son patient à traverser ces différentes étapes qu’il doit d’abord savoir reconnaître. Après la phase de précontemplation (« je ne sais pas »), on a donc les phases de contemplation (« je sais, je dois »), de préparation (« je peux, je veux », et enfin d’action (« je fais ») et de maintien de cette action (« je poursuis »). Il s’agit d’une boucle qui peut parfois repartir du début en cas de  rechute (« je craque, je renonce »).

Plusieurs leviers peuvent être actionnés pour faire passer le patient des états de pré-contemplation et de contemplation à l’étape de préparation. Il s’agit d’identifier ce qui fait peur au patient, ce qui l’empêche de se soigner :

  • Le rapport bénéfice/risque du changement qu’on propose doit bien être évalué et discuté avec le patient : il y a certes le bénéfice du traitement et les risques de l’absence du traitement, souvent évoqués lors de la consultation mais il existe aussi les risques du traitement et les avantages de l’absence de traitement (les bénéfices secondaires) qui ne doivent pas être occultés. Pour le patient les contraintes sont immédiates et le bénéfice lointain. Cela favorise « l’inversion de préférence ».
  • Il faut éviter d’aller contre les croyances de santé même lorsqu’elles ne correspondent pas à une vérité médicale. Il est plus intéressant d’essayer de les valoriser ou de les moduler.
  • L’alliance thérapeutique qui repose sur la qualité de la relation entre le patient et son médecin est essentielle. Il doit y avoir un accord à la fois sur le but à atteindre et sur les moyens d’y parvenir.
  • Le patient doit surtout être encouragé et rassuré sur sa capacité de bien faire. On appelle cela l’amélioration du contrôle perçu et c’est un des facteurs majeurs qui contribue à la bonne observance.

Le passage à l’action suit l’étape de préparation. Pour favoriser le passage à l’action, il est intéressant de fragmenter les conseils et de les rendre mesurables, plus spécifiques et plus précis. Ils doivent être adaptés à chaque patient et être atteignables.
Pour éviter le risque de rechute, le mieux est souvent d’aborder ce risque avec le patient. Il sera d’autant plus enclin à parler de ce problème si il survient. Il faut éviter tout jugement car ce n’est pas favorable à la relation médecin/malade et de fait, cela est souvent nuisible à terme pour la prise en charge.

De nombreuses dimensions dans le vécu du patient participent à sa capacité de prendre soin de lui. La motivation du patient est essentielle. Dans la prise en charge des maladies chroniques,  elle doit être régulièrement stimulée et valorisée pour permettre un maintien de l’observance au long cours.


 
Dernière modification : 02/07/2012