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Génétique et cancers de la prostate

Olivier Cussenot

Génétique et cancers de la prostate


Le cancer de la prostate est un cancer fréquent (80000 cas par an en France). En 10 ans, le taux de mortalité n’a que peu diminué et reste aux alentours de 10%
Les progrès réalisés en génétique dans les cancers de la prostate sont de deux ordres :

  • la meilleure connaissance de la génétique intra tumorale et donc des mécanismes de cancérogenèse
  • les avancées sur les gènes impliqués dans certaines formes familiales de cancer de la prostate.


En 2005, les premiers réarrangement de gènes (gènes dits « de fusion ») ont été mis en évidence dans les cellules cancéreuses prostatiques. Le promoteur du gène de fusion (TMPRSS2) est androgénodépendant : il est régulé par la fixation de la dihydrotestostérone à son récepteur. Son activation conduit  à la transcription de la deuxième portion du gène de fusion. Ce gène transcrit intervient dans les voies de signalisation régulant la croissance cellulaire, la différenciation et donc la cancérogenèse. La prévalence de ces gènes de fusion dans les cancers de la prostate est de l’ordre de 70%, témoignant de leur importance dans la survenue du cancer. Ces réarrangements semblent avoir une signification pronostic et ouvrent des perspectives dans le futur pour des thérapies ciblées dites « épigénétiques ».

En ce qui concerne le caractère familial, héréditaire de la maladie, on note sur un plan épidémiologique environ 5% de présentation familiale évocatrice d’une hérédité mendélienne, 15 % d’antécédent familial unique de cancer de la prostate et plus de 80% de présentation sporadique. Le taux de concordance entre jumeaux monozygote est de 20% environ (vs 4% chez les dizygotes), témoignant dune part réelle mais finalement assez faible de la génétique germinale dans le cancer de la prostate. 
Dans les années 1980, différents locus d’intérêt ont été repérés grâce aux analyses de liaison de formes familiales diverses : autosomiques dominantes ou récessives, récessives liées à l’X…etc.
De nombreux gènes candidats ont été étudiés mais aucun ne ressort de façon majeure excepté BRCA2. Les patients mutés BRCA2 ont des formes plus précoces et de moins bon pronostic que les autres. Les variants délétères sont retrouvés dans près de 50% des formes familiales et sont retrouvés très fréquemment chez les patients d’origine africaine expliquant ainsi probablement la plus forte prévalence du cancer de prostate dans ces populations. La pénétrance reste faible.
D’autres variants de gènes dits de susceptibilités (HNF1B et JAZF1) par exemple ont été associés au cancer de la prostate. L’effet génétique est moins fort que pour BRCA2. Il résulte plutôt de la combinaison de ces variants délétères.

Les progrès réalisés dans la connaissance de la génétique du cancer de la prostate ont donc été particulièrement importants ces dernières années. En plus de parfaire la connaissance de la cancérogénèse, ils laissent entrevoir, à terme, des possibilités thérapeutiques nouvelles dans ce cancer extrêmement fréquent, responsable de 8000 morts par an en France.




 
Dernière modification : 25/01/2012