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Eric Bruckert


Eric Bruckert :

Hyperchylomicronémie :nouvelles perspectives de thérapie génique


La lipoprotéine lipase (LPL) est une enzyme clé dans le métabolisme des triglycérides qui permet l’hydrolyse des chylomicrons. Le déficit en LPL, lié à une mutation homozygote est rare (50 patients répertoriés en France).  Ce déficit, caractérisant la dyslipoprotéinémie de type I, est à l’origine d’une hypertriglycéridémie majeure (50 à 100g/l).

Le risque de pancréatite aiguë grève le pronostic de ces patients et les premiers épisodes surviennent généralement dans l’enfance.Leur répétition peut aboutir à des insuffisances pancréatiques endocrines et exocrines. Cliniquement, ces patients présentent également des douleurs abdominales récurrentes impactant fortement sur leur qualité de vie. On observe parfois des signes cutanés avec une xanthomatose éruptive en rapport avec l’hypertriglycéridémie.



La prise en charge de ces patients est difficile. Elle repose principalement sur une diététique très stricte, difficile à observer, avec des apports en graisse limités à 10% des apports caloriques totaux.


Un espoir thérapeutique repose sur la thérapie génique. Le principe est d’injecter le gène de la lipoprotéine lipase directement dans les muscles du patient. Le gène se fixe alors sur l’endothéliumdes capillaires et on observe une récupération partielle de l’activité de la LPL. Les effets secondaires sont peu importants et il n’a pas été observé d’apparition d’anticorps anti-LPLqui auraient pu épuiser les effets du traitement.

Biologiquement,les essais cliniques ont mis en évidence une diminution significative du taux de triglycéride initial mais cette baisse ne se maintient pas dans le temps. En revanche, il existe une diminution de la fréquence des douleurs abdominales et des épisodes de pancréatite aiguë de l’ordre de 40 à 60%.

La lipoprotéine lipase est bien exprimée au niveau du muscle, même lorsque les triglycérides retrouvent leur taux initial. Cette élévation des triglycérides s’explique donc principalement parle fait que les particules d’aval des chylomicrons (les VLDL notamment) restent très chargées en triglycérides. Mais la baisse des chylomicrons, elle, persiste dans le temps et reste fondamentale car ce sont les chylomicrons principalement qui sont à l’origine des pancréatites (on sait par exemple qu’à taux de triglycérides identiques, le risque de pancréatite est plus important dans les types I (avec élévation des chylomicrons), que dans les types IV(avec élévation des VLDL).

Il s’agirait donc de la première application de la thérapie génique dans le domaine des dyslipidémie et du premier traitement potentiellement efficace dans la dyslipoprotéinémie de type I. Le dossier est actuellement en cours d’étude pour une éventuelle autorisation de mise sur le marché.

 
Dernière modification : 13/07/2011