Endocrinologie, Métabolisme et Nutrition : le site des Journées de la Pitié-Salpêtrière

 
 
 
 
 

Marine Halbron/Magali Baudot

Marine Halbron/Magali Baudot :

Les édulcorants : ont-ils un intérêt dans le diabète de type 2 ?


On distingue deux types d’édulcorants : les non nutritifs (aucun apport calorique) et les nutritifs. Les non nutritifs : - L’aspartam est l’édulcorant le plus utilisé : il est peu cher et possède un bon pouvoir sucrant. La dose journalière admissible est importante (40mg/Kg/j), ce qui représente 30 canettes de soda light ou 100 sucrettes. - L’acésulfam K est principalement utilisé en association avec l’aspartam du fait de son amertume. - Le dernier sur le marché, la stevia, a un fort pouvoir sucrant et une dose journalière admissible assez faible, fixée à 4mg/Kg/j. Son coût de production est 10 fois supérieur à l’aspartam. Elle a un arrière goût de réglisse et, de fait, est très souvent utilisée en association (avec des polyols notamment). Son caractère « naturel », issu d’une plante, en a fait un produit phare dans l’industrie alimentaire puisqu’elle représente déjà 20% des édulcorants utilisés en France




La saccharine et le sucralose ne sont quasiment plus commercialisés.
Les nutritifs : Ils apportent 2 à 4 Cal/g. On distingue : - Les polyols, issus de l’hydrolyse ou de l’hydrogénation des glucides
- Le fructose, qui reste un glucide assez semblable au saccharose. - Le sirop d’agave qui est composé principalement de fructose et de glucose.

Leur intérêt diététique : Dans le diabète de type 2, les apports recommandés par jour sont classiquement : 250g de glucides, 80g de lipides. En pratique, si l’on observe l’alimentation effective du diabétique de type 2, elle est principalement hyperlipidique et non pas hyperglucidique avec un apport journalier de 200g de glucides et 100g de lipides. L’utilisation d’édulcorants augmente la proportion des graisses et des protéines dans la ration calorique globale. Les points les plus importants de la diététique du diabétique tels que présentés par l’ANAES sont la limitation des matières grasses, savoir reconnaître et éviter les produits très hyperglycémiants, décrypter les étiquettes et équilibrer ses repas. Les édulcorants ne sont donc clairement pas une priorité dans la diététique des patients diabétiques de type 2.

Leur toxicité : La consommation d’édulcorant étant croissante dans la population générale, il est fondamental de se poser la question de la toxicité éventuelle de ces produits et de leur effet métabolique.
L’aspartam est le plus étudié à cet effet. On distingue trois métabolites, l’aspartate, ma phénylalanine et le méthanol :
- l’aspartate qui présente une toxicité neuronale hypothalamique chez le rat mais à des doses extrêmement élevées - la phénylalanine, précurseur de l’adrénaline et de la noradrénaline est à l’origine d’une modification des concentrations de neurotransmetteurs mais les études n’ont pas retrouvé d’effet de l’aspartam sur les fonctions cognitives ou des troubles de l’humeur. Une éventuelle relation avec le développement de tumeurs cérébrales a également été recherchée mais non retrouvée Au final, dans les essais cliniques réalisés avec de très fortes doses d’aspartam, l’effet secondaire le plus souvent rapporté était des céphalées mais sans différence significative par rapport au placebo. Deux articles récents relancent la question de la toxicité de l’aspartam : Le premier réalisé chez 60000 femmes danoises enceintes montre une augmentation de la prématurité chez les patientes consommant des sodas avec édulcorants. Cette relation augmente encore plus pour les accouchements pour raison médicale (toxémie gravidique). Une éventuelle toxicité du méthanol à l’origine d’une dysfonction endothéliale et donc d’une possible hypertension artérielle a été proposé comme hypothèse physiopathologique. La seconde, réalisée chez des souris, montre une augmentation de la fréquence des hépatocarcinome et des tumeurs bronchiques chez les souris qui consomment de l’aspartam.

Leur effet métabolique : Les effets métaboliques des édulcorants non nutritifs sont, eux, minimes : aucun effet sur la sécrétion d’insuline, sur la glycémie ou sur l’HbA1c lorsqu’on les étudie versus placebo. On note un discret effet hypoglycémiant non significatif avec la stevia. Sur le poids, les études sont anciennes et assez contradictoire avec globalement, pas d’effet observé.


Au total, les édulcorants restent des produits sûrs jusqu’à preuve du contraire. Ils sont utiles dans le diabète de type 1 chez les jeunes diabétiques sodas-addict. Pour le diabétique de type 2, la priorité reste de limiter la consommation de graisse. Le rôle métabolique des édulcorants non nutritifs semble faible. Les édulcorants nutritifs restent des « cousins » du glucose et ont un effet métabolique proche de celui-ci avec notamment une élévation du risque d’hypertriglycéridémie et de stéatose hépatique.
 
Dernière modification : 13/07/2011