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Nathalie Bajos

Nathalie Bajos  :
Etude sociologique sur la sexualité des personnes obèses.

La sexualité des obèses en population générale n’a été que peu étudiée, la plupart des études ayant été réalisées chez des patients vus en consultation avec de fait, un biais de sélection important.
Une enquête sociologique a été réalisée en France en 2006 auprès de 12000 patients. Les données retrouvées chez l’obèse ont été comparées à celles des adultes de poids normal. Ces observations mettent en avant un effet du genre sur la conscience d’être en surpoids et la moindre estime de soi qui en découle avec une pression sociale qui s’exerce de façon beaucoup plus importante sur les femmes obèses que sur leurs homologues masculins.



L’homogamie pondérale est particulièrement marquée chez les femmes et une femme obèse choisira très fréquemment un compagnon obèse. Cette homogamie pondérale est beaucoup moins fréquente chez l’homme.
Le comportement sexuel est peu modifié en dehors du fait que les femmes obèses ont moins de partenaires sexuels. L’activité sexuelle en terme de fréquence et de nature est superposable à celle des adultes de poids normal.
En ce qui concerne la fonction sexuelle : chez l’homme obèse, on observe une plus grande fréquence de troubles de l’érection, la libido est conservée. Chez la femme obèse, aucune particularité n’a été mise en évidence (dyspareunie, libido, atteinte de l’orgasme…). La santé sexuelle et reproductive est, elle, fortement influencée par le poids. Les patientes obèses consultent moins pour leur suivi gynécologique. On note 4 fois plus de grossesses non désirées et 4 fois plus de recours à l’interruption volontaire de grossesse chez la femme obèse. Le taux de contraception est identique mais les méthodes contraceptives sont différentes avec seulement 58% d’utilisation de pilule chez la femme obèse (versus 80% chez les femmes de poids normal). La méthode de retrait, peu efficace, est 8 fois plus souvent utilisée chez l’obèse. Ces différences de méthodes contraceptives ne sont pas liées à la moindre consultation en gynécologie puisque qu’on retrouve ces différences à l’identique chez les femmes suivies ou non par un gynécologue. De façon étonnante, il n’y a pas plus d’utilisation de méthodes contraceptives alternatives comme le stérilet ou les progestatifs chez les femmes suivies par un gynécologue.
Cette plus faible prescription de contraception chez les obèses est probablement la conséquence d’une idée préconçue (et fausse), selon laquelle la sexualité des obèses serait limitée. La sexualité reste un thème peu abordé dans les consultations en général et probablement encore moins avec les patients obèses.
 
Dernière modification : 13/07/2011